L’UBBC n’est pas une course officielle. Pas de dossard. Pas de frais d’inscription. Pas de certificat médical. Personne pour vérifier si ta montre est chargée, ni si une veste Gore-Tex dort dans ton sac. Ici, pas de checklist, pas de sas, pas de chrono à valider. C’est autre chose. Nous fonctionnons en mode start-up lean, sans levée de fonds, sans business plan, mais avec un board très exigeant : nos jambes et notre coeur.
Un rassemblement libre de coureurs un peu obsessionnels, amateurs de sentiers urbains, d’escaliers, de hors-piste discret et de boucles répétées jusqu’à l’absurde. On vient pour tourner, pour tester, pour voir ce que ça fait d’ajouter un tour de plus. On vient partager un effort, une bière, un bout de nuit.
Pas de règlement, sinon celui du parc, et celui, tacite, du respect. Un off, donc. Mais un off lumineux. Parce qu’on sera nombreux, parce que les frontales dessineront des halos étranges dans les allées sombres, parce que courir en rond, ensemble, longtemps, parfois très tard, finit par déplacer quelque chose. Joyeusement inutile. Et pour cette raison, peut-être, absolument nécessaire.
L’UBBC, ce n’est jamais tout à fait la même balade. Nous opérons une refonte annuelle du tracé avec une logique d’amélioration continue. Stress test en montée, arbitrage technique en descente, recalibrage des zones d’impact. On cherche sans cesse une nouvelle trace, une autre façon de tourner, une boucle différente, toujours avec des pentes, du dénivelé, des relances et des escaliers. Une boucle qui résiste, qui oblige à s’employer, qui fait naître cette sensation familière d’être engagé comme dans un col ou sur un sommet, mais au cœur de la ville. Chaque année, nous lançons une nouvelle itération du produit. Version 6.0, 7.0, 8.0. Roadmap alpine, pivot stratégique en dévers, optimisation du parcours pour maximiser l’exposition au risque et la densité verticale. La boucle devient un actif. Le dénivelé, une ligne directrice. L’engagement, non négociable.
Le parc le plus romantique, le plus escarpé et sans doute le plus casse-pattes de Paris se prête au jeu. Passerelle suspendue signée Gustave Eiffel, belvédère, pont des suicidés, cascade, grotte, rivière, lac, petite ceinture : la trace se déplace, le paysage se recompose, la difficulté reste. Chaque montée rappelle qu’on n’est pas là pour flâner, chaque descente relance l’envie de continuer.
Changer, chercher, recommencer. Trouver la boucle ultime, puis la remettre en question l’année suivante. Faire vivre, entre les Buttes, l’esprit d’un col, l’exigence d’un sommet. C’est ainsi que l’UBBC s’est imposée, presque malgré elle, comme un rendez-vous à part. On y laisse des segments Strava comme des repères, on y revient pour vérifier si les côtes tiennent toujours leur promesse. Elles ne font jamais de cadeau. Elles prennent aux jambes, serrent le souffle, et finissent par s’installer dans le cœur comme un souvenir rude, mais auquel on tient.
À l’UBBC, nous ne pilotons pas un volume. Nous pilotons une intensité. Le kilomètre est un indicateur secondaire. Ce qui compte, c’est la qualité d’exécution. Chaque tour est une unité opérationnelle autonome, avec ses propres enjeux, sa propre fenêtre de vérité. Ce ne sont pas les kilomètres qui comptent. Peu importe le nombre de tours, peu importe ce que chacun·e pourra raconter ensuite. Ce qui compte, c’est la manière de les courir. On ne tourne pas pour additionner des chiffres poussivement. On espère des corps engagés, présents, vivants, à chaque passage.
Nous ne cherchons pas l’optimisation cumulative. Nous cherchons l’engagement maximal par itération. Un tour pleinement investi vaut plus qu’une succession de tours gérés à l’économie. La performance se mesure à la densité d’implication, pas à la longueur du reporting. Chaque boucle se court comme si elle était la seule. Avec le cœur, les poumons et les jambes laissés sur le terrain. Avec l’intensité du moment, sans calcul, sans gestion à long terme. On s’arrête quand il le faut, on repart si l’envie est là, mais chaque tour doit être plein, assumé, honnête.
On court ensemble, on se croise, on se double, on se retrouve au ravitaillement. On repart parfois à plusieurs, parfois seul·e, mais jamais isolé·e. Chacun·e est un atome de l’UBBC, une énergie singulière prise dans un mouvement collectif, où l’effort individuel n’existe que parce qu’il est partagé. Ce qui reste au bout de la nuit, ce ne sont pas des kilomètres à annoncer à la machine à café, mais la sensation d’avoir vraiment couru et laissé une trace commune.
Jusqu’en 2019, nous avons proposé une épreuve un peu plus folle que les autres. 80 km et près de 3 800 mètres de dénivelé dans le parc des Buttes-Chaumont. Une traversée intégrale de la nuit, tour après tour, jusqu’à l’aube. Depuis que le parc ferme à minuit, il ne nous est plus possible de vivre cela ensemble.
L’UBBC Golgoth était réservée à des coureurs capables d’attester d’un niveau de performance hors du commun. Agnès et Jonathan Duhail, lors de la première édition, furent les premiers à tourner jusqu’au lever du jour. Les finishers de l’édition 2019 — et de celles qui l’ont précédée — demeurent des lumières au firmament de la boucle.
Ce sont nos demi-dieux. Nous les évoquons comme Ulysse, Hercule, Achille ou Andromède. Non par excès, mais par respect. On ne vous le cache pas : il fallait être sacrément solide pour venir à bout de cette épreuve. Des coureuses et coureurs parfaitement entraînés, dotés d’un mental en titane, capables d’enchaîner les tours sans jamais céder à l’appel du base camp plus longtemps que nécessaire.
Franchir la ligne d’arrivée de l’urban ultra-trail le plus exigeant du monde est devenu leur titre de gloire. Une distinction rare. Une trace indélébile.
Il y a celleux qui sont là depuis la première édition, ou presque. Qui ont vu la boucle naître, hésiter, grandir. Qui ont traversé les années avec nous et que l’on retrouve, fidèles au poste, chaque été. Agnès, Ray, Riko, Benjamin, Bertrand, Iris, Sophie, Fabrice, Emmanuel, Pascal, Jérôme, cédric, christophe, Christian… et des dizaines d’autres. Nous les connaissons. Nous connaissons leurs allures, leurs silences, leurs manières d’entrer dans la nuit. Avec le temps, iels sont devenu·e·s plus que des ami·e·s. Iels sont le sang de l’UBBC. Leur ancienneté n’est pas un statut, c’est un capital. Un capital d’heures, de tours, de nuits, de montées répétées. Une accumulation d’expérience qui structure l’écosystème. Ils stabilisent la trajectoire. Ils garantissent la continuité stratégique.
On les voit arriver sans bruit, poser leurs affaires au base camp comme on rentre chez soi. Ils savent où la pente casse les jambes, où le ravito se fait attendre, où la nuit devient plus dense. Ils portent la mémoire des tours passés. Leur présence rassure. Elle ancre.
Devenir sénat·eur·rice ne se décide pas. Cela ne se proclame pas. Cela se construit, tour après tour, été après été. Dans la constance, dans l’engagement, dans la manière d’habiter la boucle. C’est presque l’œuvre d’une vie. Une fidélité discrète, une loyauté sans badge, une manière d’être là qui dépasse la performance. Ils ne revendiquent aucune autorité. Ils l’exercent par la constance. Ils n’occupent pas le terrain, ils le fondent. Leur engagement n’est pas spectaculaire. Il est structurel.
Les sénat·eur·rice·s ne cherchent rien. Iels incarnent. Et sans elles et eux, l’UBBC ne serait qu’un événement de plus. Avec elles et eux, c’est une histoire qui continue. Ils sont la mémoire vive du dispositif. Le socle. La référence silencieuse. La preuve que la boucle n’est pas un événement, mais une institution.
image : Jérôme Verdier Photographe
Et puis il y a Bertrand Lellouche. Présent à toutes les éditions de l’UBBC, sans exception. Une fidélité rare, tranquille, sans bruit. Dans son livre Défis Trails & Ultra-Aventures, aux côtés du Tor des Géants, de la Barkley, d’un sommet du mont Blanc, d’un Last One Standing ou d’un kilomètre vertical, il fait apparaître l’UBBC. 10 000 mètres de dénivelé dans Paris. Inscrite dans la même cartographie que les épreuves mythiques, les défis extrêmes, les courses qui forgent un récit.
Bertrand ne se contente pas d’aligner des exploits. Il documente des expériences. Il raconte le déroulé réel des épreuves, avec précision, humour et lucidité. Il mêle récit vivant, photographies immersives, cartes 3D, retours d’expérience détaillés, conseils concrets. Son approche est triple : faire vivre l’intérieur de la course, donner à voir, transmettre. Il trace des trajectoires possibles. Il montre que les limites sont mobiles.
Que l’UBBC figure dans ce paysage-là dit quelque chose de fort. La boucle des Buttes n’est pas une anecdote urbaine. Elle est entrée dans une histoire plus large, celle des défis, des aventures, des engagements assumés. Elle existe désormais dans une bibliothèque où l’on parle de cols, de nuits, de résistance et d’horizon.
Le base camp est notre hub opérationnel. Centre névralgique, plateforme d’activation émotionnelle, zone de convergence des flux humains. C’est là que se consolident les énergies, que se réalignent les trajectoires, que se décide la prochaine offensive verticale.
L’UBBC, c’est aussi - et surtout - un immense pique-nique. Un espace lounge à ciel ouvert, le lieu où tout le monde veut être un soir d’été. Avant de courir ou après s’être épuisé·e, on vient s’étendre, respirer, profiter de la pelouse la plus cool de Paris. Et on y tient.
À la tombée de la nuit, le base camp s’illumine. Les frontales s’éteignent, d’autres lumières apparaissent. On voit Paris briller en contrebas, les toits, les fenêtres, les lignes lointaines. Le parc change de visage. On l’éclaire doucement, on l’habite, on le fait vivre.
On s’assoit, on s’allonge, on parle, on rit. La musique circule, les voix se mêlent, les retours de boucle se croisent. Certain·e·s repartent courir, d’autres attendent, observent, encouragent. Le temps se dilate. La fatigue devient douce.
Celles et ceux qui quittent la boucle sans passer par le camp, sans prendre le temps de s’asseoir, d’échanger, de faire vivre le base camp, n’ont pas vraiment saisi ce qu’est l’UBBC. Ils manquent l’essentiel : la couche institutionnelle de l’événement. La boucle est un effort. Le camp est une infrastructure. La course commence là, et elle s’y prolonge. Cette nuit-là, on est la lumière et la musique de l’été.
Ici, on veut proposer le meilleur ravitaillement qu’un événement puisse offrir. De la nourriture et des boissons en abondance, pensées pour le corps mais aussi pour le plaisir. Pas de paquets industriels, pas de snacks sous vide attrapés à la dernière minute. Ils n’ont pas leur place à l’UBBC.
Le ravitaillement n’est pas un service annexe. C’est un pilier structurel du dispositif. Une chaîne d’approvisionnement courte, traçable, engagée. Nous ne parlons pas de snacks. Nous parlons de stratégie nutritionnelle intégrée.
Le ravitaillement est participatif. Chacun·e contribue en apportant ce qu’il ou elle peut offrir de meilleur, ce qui fait envie, ce qui a du goût. Du fait maison, du bio, du simple, du bon, du cœur. On cuisine, on coupe, on prépare, on partage. Le ravito devient une table commune, vivante, généreuse.
Après une montée sèche ou une boucle de trop, un morceau de Beaufort qui fond en bouche, une pastèque fraîche relevée d’un trait de citron vert, un gâteau encore tiède, une soupe salée juste comme il faut. Le goût réveille, réconforte, relance. Il rappelle pourquoi on est là.
Le buffet fonctionne en gouvernance resserrée. Elisabeth assure la direction opérationnelle, le contrôle qualité et la conformité réglementaire interne. Aucune externalité ultra-transformée ne franchit le périmètre. La politique zéro TUC est appliquée sans négociation. Elisabeth n'est pas seulement la plus grande découpeuse de pastèque depuis Santa Sandía de Andalucía, elle aussi une véritable organisatrice. Elle veille. Elle trie les fruits, les fromages, les gâteaux et les quiches maison. Elle réorganise les plateaux, ajuste les équilibres, garde la table belle et cohérente. Et elle n’hésite pas à signaler - voire disqualifier - les dealers ou les consommateurs de TUC.
On y passe pour se nourrir, mais aussi pour s’arrêter, échanger, sourire, reprendre souffle. On y est souvent davantage reconnu·e pour ce que l’on partage que pour le nombre de tours parcourus. Parce que nourrir le collectif, avec attention et générosité, fait pleinement partie de l’effort.
Nous voulons faire vivre l’événement au-delà de la nuit. Garder des traces. Des souvenirs. Plonger au cœur de la course comme dans ses pauses. Les regards au ravitaillement, le souffle court dans la montée, la fatigue qui se transforme en sourire, les lumières dans les arbres. Rendre tout cela vivant, dense, incarné. C’est exactement la spécialité de notre team média. Notre ambition n’est pas documentaire. Elle est patrimoniale. Nous construisons une mémoire visuelle consolidée, un actif sensible, destiné à traverser les éditions et à structurer l’identité de la boucle.
Laurent Bouit est réalisateur, auteur et chef opérateur. Il a signé de nombreux documentaires et films, explorant les territoires, les traversées, les itinéraires humains et les paysages engagés. Son travail mêle narration, exigence visuelle et attention aux détails qui racontent plus que des performances. À l’UBBC, il a tourné les formidables capsules vidéo qui capturent le rythme, la tension, la lumière et l’énergie collective de la nuit. Chaque image est une capture de valeur. Chaque plan, une extraction d’intensité. Nous ne couvrons pas l’événement. Nous l’archivons à haute résolution émotionnelle.
Maxime Souverain est photographe et vidéaste. Spécialiste des images sous-marines et de l’apnée, présent notamment sur des championnats du monde, il sait travailler dans des environnements exigeants où le souffle compte autant que la précision. Son regard saisit l’intensité, la concentration et l’engagement. À l’UBBC, il transpose cette capacité à capturer l’instant juste, celui où le corps parle et où l’effort devient esthétique.
Véronique Pingard est photographe indépendante, spécialiste des portraits en immersion. Elle sait saisir les situations, les gestes, les regards. Elle capte la vérité d’un moment sans le figer. Les montées tendues, les instants de doute, les éclats de rire au base camp. Et la photo de podium la plus cool ever, c’est elle.
Sans bénévoles, pas d’UBBC. Les coureurs, on en trouverait toujours. D’ailleurs, beaucoup de bénévoles sont aussi des coureur·euse·s. On pourrait presque se débrouiller sans ceux qui tournent. En revanche, sans celles et ceux qui tracent le parcours, le balisent puis le débalisent, tiennent le chronométrage, récompensent les vainqueur·euse·s, consolent les autres, distribuent les t-shirts, organisent le ravitaillement, préparent le ti-punch, coupent les pastèques, donnent les dossards, vérifient les résultats, animent le base camp, prennent les photos ou tournent les capsules vidéo, rien n’existe. Leur engagement relève d’une excellence opérationnelle rarement atteinte dans les environnements à haute intensité émotionnelle.
Pour tout ça, il faut des mains, des bras, des jambes, des cœurs et des têtes. Être bénévole à l’UBBC, c’est aimer le trail, aimer la fête, et aimer partager les deux. On se retrouve parfois pour préparer l’événement, parfois juste pour en reparler, prolonger la nuit autrement. Chaque bénévole est une fonction stratégique à lui seul : gestion des risques, maintien de la dynamique collective, stabilisation du système.
Ugo, Baptiste, Blandine, Véro, Aline, Elisabeth, Pierre-Yves, Stéphanie, Laurent, Maxime… Vous les avez croisé·e·s, ou vous les croiserez, sur chacun de nos événements. Et vous pouvez aussi faire partie de l’aventure. On a besoin de vous, à commencer par des ouvreur·euse·s rapides. Capables d’emmener le peloton à 15 km/h, de donner le tempo dès les premiers tours. Il faut connaître le parcours, l’avoir en tête, savoir où relancer, où temporiser. Ils ne participent pas à l’événement. Ils en assurent la soutenabilité structurelle. Nos ouvreur·euse·s pourraient être sur les podiums, mais choisissent d’ouvrir, de guider, de mettre leur niveau au service du collectif.
Le core crew de l’UBBC, c’est nous. Nous opérons selon un modèle de gouvernance horizontale à forte intensité verticale. Cinq personnes : Yves, David, Hélène, Bart et Yann. Cinq trajectoires, un même rapport à l’effort et à la montagne. Du court, du long, du très long. Des diagonales de fous, des UTMB, des Templiers, des Grands Raids des Pyrénées. Des heures passées à tracer, à traverser, à relier des massifs, des Alpes aux Pyrénées, et bien au-delà. Des obsessions communes, des idées de cols, de crêtes, de lignes à suivre plutôt que de simples kilomètres à empiler.
Les Buttes Chaumont ont longtemps été notre terrain d’entraînement. Un endroit improbable pour préparer la haute montagne, mais parfait pour répéter l’effort, accumuler du dénivelé, user les jambes et le mental. C’est là qu’est née l’envie de montrer qu’en montant des côtes au cœur de Paris, en tournant encore et encore, on pouvait aussi se préparer à affronter des cols bien plus sévères. Faire vivre l’esprit de la montagne en pleine ville, sans le dénaturer. Notre business model repose sur un principe simple : convertir du dénivelé en capital émotionnel.
Tout est bénévole. Pas de structure derrière, pas de modèle économique, pas d’autre ambition que de partager un plaisir et de proposer un événement juste. Chaque année, on remet l’UBBC sur la table, on la questionne, on l’améliore, on affine les détails.
L’UBBC n’est pas gratuite pour tout le monde. Nous fonctionnons en autofinancement intégral, avec une tolérance élevée à la volatilité budgétaire et une rentabilité exclusivement existentielle. On y investit une partie de nos économies, en matériel, en lumière, en musique, en ravitaillement, en tout ce qui rend la nuit plus belle. Un investissement sans retour financier possible. Un investissement uniquement dans le bonheur, avec cette conviction simple : certaines choses méritent d’exister pour ce qu’elles font vivre, pas pour ce qu’elles rapportent.